Don’t Worry Darling : le cauchemar américain

Diffusé en avant-première à la Mostra de Venise, Don’t Worry Darling est sorti en salle ce mercredi 21 septembre. Réalisé par Olivia Wilde, le long-métrage mettant en scène Harry Styles aux côtés de Florence Pugh est un thriller étouffant de couleurs.

L’attente se faisait longue depuis que le casting avait été annoncé en 2020. Après Booksmart, relatant les aventures déjantées de deux adolescentes, Olivia Wilde se lance dans un thriller aux allures de Truman Show.

Le film suit un couple, Jack (Harry Styles) et Alice (Florence Pugh), vivant au sein d’une communauté isolée dans le désert californien pour participer au mystérieux « projet Victory ». En plein cœur des années 1950 et de l’American Way of Life, Alice voit son quotidien de femme au foyer chamboulé.

Quand Desperate Housewives tourne au drame

Le réveil sonne : les femmes préparent le petit-déjeuner, nouent les cravates de leurs maris et ces derniers prennent le volant pour se rendre au travail. Dans cette banlieue pavillonnaire, la routine est fort confortable. Les hommes vont travailler, les femmes s’occupent de la maison et tous se rejoignent de temps à autre pour une soirée arrosée entre voisins. Rien ne pourrait venir déranger les habitudes de ces joyeux habitants. « Life could be a dream », chantonne la musique.  Des paroles qui se veulent innocentes et rêveuses, « If only all my precious plans would come true, If you would let me spend my whole life loving you, Life could be a dream, sweetheart ». Pourtant, le rêve de Don’t Worry Darling cache quelques sombres cauchemars : le comportement étrange de Margaret, l’une des voisines, attire l’attention. Si tout le monde dans la communauté la croit folle, ses propos ne tardent pas à éveiller les soupçons d’Alice. Et, à l’instar de l’épouse de Barbe Bleue, celle-ci ouvre la porte qui lui est interdite.

Dans son ambiance Desperate Housewives des années 50, Don’t Worry Darling est un film sur le contrôle. En réalité, le « projet Victory », avec ses banlieues parfaites et colorées, est bien loin d’être une communauté tranquille. C’est une prison gérée par les maris. Au début, Jack et Alice filent le parfait amour, le spectateur en serait presque jaloux. Mais plus le film avance, plus les dynamiques de pouvoir sont mises en évidence. Proche de Get Out, le long-métrage a tout d’un épisode de Black Mirror au propos féministe. Plongées de force dans cette réalité virtuelle par leurs maris, les femmes de Don’t Worry Darling n’ont en fait pas leur mot à dire. Elles, qui avaient moins de temps à consacrer au couple dans la vie réelle, se retrouvent au service de celui-ci grâce au projet Victory.

Une intrigue qui n’est pas sans rappeler les nombreuses adaptations cinématographiques des Femmes de Stepford d’Ira Levin. Le long-métrage donne à voir des images très idéalistes de la vie de banlieue chic du projet Victoy. En parallèle, les quelques scènes de la vie réelle manquent de couleur. Notre monde actuel est sombre, presque sale. Alice passe sa vie au travail, trop fatiguée pour s’occuper de Jack qui reste derrière son ordinateur, cliché même chômeur : cheveux longs et gras, pyjama, peau terne… Pendant son temps libre, ce dernier surfe sur des forums aux discours misogynes à base de « c’était mieux avant ». C’est ainsi qu’il découvre le projet Victory mené par Frank (Chris Pine), une sorte d’Andrew Tate à la chevelure soignée. La pensée de Jack et de ses comparses manque pourtant cruellement de logique : si Alice ne trouvait pas de temps pour lui à cause de son travail, c’est désormais lui qui s’absente toute la journée pour leur donner les moyens de rester dans cette illusion de vie parfaite. Comme quoi, bien que profondément amoureux, ce dernier reste un homme misogyne  et égoïstes dont les caprices coûtent cher au deuxième sexe.

Un thriller paranoïaque

Bien qu’il soit un peu long au démarrage, le long-métrage n’en est pas moins riche en divertissement. La réalisation d’Olivia Wilde est méticuleuse. Les plans sont parfaits, les voitures alignées au millimètre, rien ne sort de ce cadre séduisant. L’univers et son esthétique sont pensés pour être visuellement plaisants. Tout est si bien rangé que toutes ces maisons identiques — qui ne sont pas sans rappeler celles de Vivarium (2019) avec ses quartiers et son ciel à la Magritte — deviennent vite oppressantes. 

Repérée par la réalisatrice pour son rôle dans Midsommar, Florence Pugh signe à nouveau une performance remarquable dans Don’t Worry Darling. Forte et émouvante, l’actrice porte le film sur ses épaules et donne à voir un personnage complexe en proie à la désillusion. Alice cède peu à peu à la paranoïa et embarque avec elle le spectateur, aidée par la bande son qui rend chaque scène plus immersive. Au service de l’angoisse, les voix a cappella font monter la tension pendant que l’écran vomit ses couleurs à la rétine du spectateur.

De son côté, Harry Styles n’est pas aussi mauvais que certains extraits tirés du film le laissaient entendre. Sa manière de jouer, parfois cringe, s’explique par la maladresse de son personnage qui tente de s’illustrer dans un monde auquel il n’appartient pas. En effet, de gros loser en peignoir, Jack devient l’homme à qui tout sourit : réussite professionnelle, couple qui bat de l’aile, une communauté soudée… Le tout au détriment de sa femme, enfermée dans la réalité qu’il a choisie pour eux.

Quant aux personnages secondaires, ils sont malheureusement oubliables. De Chris Pine (Star Trek, Wonder Woman) à Gemma Chan (Crazy Rich Asians, Eternals) en passant par Douglas Smith (Big Little lies, The Alienist), ceux-ci restent en arrière-plan tandis que le duo principal s’accapare toute la lumière.

En proie à de nombreux dramas depuis le début de sa promotion, Don’t Worry Darling se place en tête du box-office avec 19, 2 millions de dollars récoltés lors de son premier week-end d’exploitation en salles. En conclusion, mauvaise presse a fait bonne pub, et chez Sounds of Series, nous vous conseillons vivement de vous rendre en salle afin de profiter au mieux de ce thriller dérangeant.

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