FANON – Une épique recherche de liberté

Figure historique de l’anti-colonialisme, Frantz Fanon est entre autres psychologue, philosophe, ou encore écrivain, et est incarné en 2025 par Alexandre Bouyer, dans un long-métrage signé Jean-Claude Barny. Biopic marquant d’une figure historique militante, Fanon prend la forme d’un film épique venant héroïser son protagoniste, pour retracer un pan important de la lutte contre le colonialisme.

Devant Fanon, nous semblons nous éloigner d’une production française, nous donnant ainsi l’impression de regarder un biopic hollywoodien. Oppenheimer fut cité par le réalisateur lui-même comme étant une de ses inspirations, donnant ainsi à Fanon une dimension épique telle qu’on la retrouve dans le métrage de Nolan
La prestation d’Alexandre Bouyer surprend car l’acteur semble délivrer des répliques dignes d’une écriture un peu trop brute. Ce sont les dialogues utilisant un langage soutenu mais une façon de parler très directe qui peuvent perturber aux premiers abords. Cependant, on finit par s’y habituer, et ce parti pris artistique se comprend : vouloir exprimer des idées anti-coloniales d’une façon très simple, car nul besoin de faire de circonvolutions; autant aller droit au but, dans ce biopic où la figure de Frantz Fanon est rendue totalement héroïque, pour montrer la puissance du personnage et son importance au cours de l’histoire, cet homme s’étant battu contre la colonisation en Algérie. Ainsi, bien que parfois surprenante, la prestation de Bouyer porte le film: il incarne un personnage que l’on veut parfait, tout en acceptant ses failles, mais sans jamais le faire descendre du piédestal qu’il mérite. La direction d’acteur n’est jamais négligée, un aspect de la mise en scène que Barny maîtrise totalement depuis des années, lui qui a dû diriger des acteurs, mais aussi mettre en avant des artistes musicaux pour des clips, quelques années auparavant. 
Une autre performance marquante dans le film est celle de Stanislas Merhar, jouant le Sergent Rolland, un policier français atteint de problèmes psychologiques, tentant de nuire à Fanon, des failles que le psychologue tentera de résoudre, malgré leur opposition. Réelle figure antagoniste, Merhar renforce un film déjà grandiloquent, tel un vilain de film Hollywoodien, que le spectateur aimera mépriser, mais aussi adorer tant le personnage est bien écrit, et bien incarné. 
La dimension épique du long-métrage est réellement le point fort de Fanon, toujours sublimé par une musique extra-diégétique, mais surtout par une direction de la photographie impressionnante et par une mise en scène soignée. Tout plan est minutieusement réfléchi, la caméra n’est jamais instable, et Barny propose des idées de mise en scène marquantes, comme notamment ce plan séquence final à couper le souffle, pour conclure en beauté cet excellent long-métrage. Le film fut tourné en Tunisie, mais du au passé colonial partagé avec l’Algérie, et donc d’une architecture similaire, les décors ne pâtissent pas de ce choix de production et offrent un cadre splendide, séparé en lieux marquants, comme l’hôpital et la demeure de Fanon, offrant pour le spectateur des cadres précis et concrets. 
Un des aspects inoubliables de Fanon est le traitement des troubles psychologiques, tantôt des patients malades de l’hôpital, tantôt du policier. Lorsqu’un long-métrage aborde un thème politique important, il est rare que quoi que ce soit d’autre ressorte du film. Mais ici, la dimension psychologique des personnages est extrêmement bien traitée, tout en concordant parfaitement avec le propos anti-colonialiste du film.

Fanon est un long métrage poignant et destiné à un public très large. Aussi important que la figure qu’il met en scène, ce film aborde des thèmes toujours aussi actuels, et toujours aussi importants à traiter, autant dans la dimension politique que dans la dimension psychologique. Barny réalise ainsi un réel coup de maître, témoignant d’une nette amélioration depuis le début de sa carrière, dans la production, dans ses choix artistiques, et dans ses intentions de mise en scène. Fanon est important, Fanon est grandiose, Fanon est épique, et sa figure déjà intemporelle est une fois de plus immortalisée grâce à Jean Claude Barny et Alexandre Bouyer. 

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